
D'ici là, cette histoire extraordinaire sera relayée chaque semaine sur notre site web. Merci à Jean Giono, mais merci surtout à Elzéard Bouffier.
1920
Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus
hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. Nous passâmes tout
le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois
tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande
largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de
cet homme – sans moyens techniques –, on comprenait que les hommes pourraient
être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction.
La création avait l’air, d’ailleurs, de s’opérer en
chaînes. Il ne s’en souciait pas ; il poursuivait obstinément sa tâche, très
simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l’eau dans des
ruisseaux qui, de mémoire d’homme, avaient toujours été à sec. C’était la plus
formidable opération de réaction qu’il m’ait été donné de voir.
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